Le facilitateur: Stéphane Montangero, représentant du personnel au CA de la CGN

Il y aura dix ans en septembre commençait l’épisode du «grounding» de la CGN, la compagnie de navigation sur le Lac Léman. Suite à une bataille homérique du personnel et le soutien populaire, une des victoires, outre le maintien de l’entreprise sous un seul toit et le sauvetage de la flotte Belle Epoque, a été l’obtention d’un représentant du personnel au Conseil d’administration. Depuis 2013, c’est Stéphane Montangero qui y siège. Petit bilan.

Lire la suite de l’article sur le site du Syndicat du personnel des transports.

Privatisation du CHUV : le coup de sang des mauvais·es perdant·e·s

20 mai 2017, le peuple vaudois confirme un gouvernement à majorité de gauche : Béatrice Métraux et Cesla Amarelle rejoignent Pierre-Yves Maillard et Nuria Gorrite, élus au 1ertour. Socialistes et Verts triomphent. La droite a pourtant tout essayé, même de lancer une candidate vert-libéral au second tour. Elle échoue lamentablement.

23 août 2017, la Fédération patronale vaudoise, la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie, la Chambre vaudoise immobilière et Prométerrre présentent leurs « impulsions 2022 », à savoir une sorte de programme de législature que ces mauvais perdants souhaitent voir se réaliser malgré tout. Dans le catalogue, une mesure choc : sortir le Centre hospitalier universitaire cantonal (CHUV) du giron de l’État.

Puis, il a fallu un an, comme pour faire oublier d’où venait l’idée, pour que le PLR dépose une initiative parlementaire demandant une « Loi sur le CHUV: pour une gouvernance moderne ». Il s’agit d’un projet de loi rédigé de toutes pièces, que les député-e-s ne peuvent amender, mais seulement accepter ou refuser de transmettre au Conseil d’Etat.

L’initiative vise un changement majeur : faire du CHUV un établissement autonome de droit public, disposant de la personnalité juridique et ayant ainsi une indépendance légale et organisationnelle. A sa tête non plus un-e Conseiller/ère d’Etat (CE), mais un Conseil d’administration (CA) de neuf membres soi-disant dépolitisés. Et avec comme seul argument qu’un conseil d’administration permettrait une meilleure gouvernance. Pourquoi ? Comment ? Avec quelles améliorations ? Silenzio stampa.

Mise à sac de l’hôpital public

En fait, ce que souhaitent les cliniques et autres acteurs privés de la santé, c’est de pouvoir faire leur marché dans les secteurs rentables du CHUV. Et il va sans dire qu’un CA composé d’experts, qui leur sont sans doute proches, saura davantage entendre leurs besoins. Ce d’autant plus que les membres du CA ne peuvent siéger que 10 ans au maximum… après quoi il leur faudra se recycler : pantouflage et copinage assurés.

De plus, cet étage décisionnel supplémentaire introduit un sas hermétique entre le CHUV et les dirigeants politiques, qui sont dépossédés de leur droit de regard. Il n’y a qu’à parcourir le pays pour en voir les dégâts: à Zurich, Genève, Neuchâtel et en Valais, diverses crises institutionnelles ont défrayé la chronique. A Berne, le président du CA cumule depuis 3 ans présidence et direction générale, avec d’immenses problèmes de gestion du personnel. Et la cerise sur le gâteau : Saint-Gall. Là-bas, l’ensemble des établissements du canton sont regroupés dans une entité autonome de droit public dotée d’un CA présidé par le Conseiller d’Etat en charge de la santé. Mais, dans l’optique de rendre ledit CA « indépendant » de la sphère politique, le ministre de la santé a été sorti dudit conseil. Depuis, le canton a vu la fermeture de quatre des neuf sites hospitaliers.

A l’étranger, les Pays-Bas sont allés jusqu’au bout de cette logique : les hôpitaux ont été privatisés, vendus aux assureurs et mis en concurrence. Six établissements sont depuis en faillite. Fin octobre 2018, un ballet d’ambulances a procédé au transfert des patients concernés, car n’étant plus payé, le personnel n’est pas retourné travailler et les hôpitaux ont « simplement » fermé.

Casser le lien avec le personnel

Outre la volonté de démantèlement du service public, la création d’un organe managérial entre le Conseil d’État et la direction générale du CHUV éloignerait encore plus le personnel et ses représentant-e-s des prises de décision. Ces derniers ne compteraient ainsi qu’un représentant isolé et noyé dans le collège des neuf membres du CA. Contre tout principe de démocratie économique, la voix du personnel du CHUV se verrait grandement bâillonnée.

La privatisation du CHUV ne vise en vérité aucune amélioration du service ni gain d’efficacité. Ce que veulent les nouveaux brigands de la droite est purement et simplement la mise à sac et le démembrement du secteur hospitalier public, pour en donner les parties les plus lucratives au marché. Socialiser les pertes, privatiser les profits. Cette pulsion anthropophage doit être douchée et le contrôle démocratique assuré . Et si ce n’est par le Grand Conseil, ce sera alors sans doute par un vote populaire.

Article publié dans la revue Pages de gauche

Urgence climatique : un bilan intermédiaire de la stratégie « restauration collective » est nécessaire pour évaluer l’objectif de provenance locale des aliments et introduire le bien-être animal

Faisant suite aux manifestations de jeunes de ce début d’année 2019 et aux divers stimuli visant à sensibiliser la population à l’état écologique de la planète, notre Parlement a adopté le 19 mars dernier, à une écrasante majorité (110 oui, 10 non et 13 abstentions), la résolution de notre collègue Laurent Miéville (Vert’Libéral) déclarant l’urgence climatique. Dans ce sens, il convient d’intégrer les conséquences des dérèglements climatiques et la nécessité d’agir rapidement dans différents domaines de la vie quotidienne. Dont celui de l’alimentation. 

Ainsi, et même si l’impact de l’alimentation sur le climat, complexe à modéliser, est au cœur de débats scientifiques et politiques, différentes études chiffrent à plus de 20% l’impact des émissions de gaz à effet de serre imputables au système alimentaire mondial, notamment celles du Groupe d’experts international sur l’évolution du climat (GIEC)[1]ou de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Les manières d’aborder le domaine étant toutefois fort disparates, pour l’instant, la plupart des rapports et décisions politiques s’appuient donc uniquement sur l’impact de la production agricole, ce qui fait fi de l’ensemble de la chaîne de production alimentaire, de distribution et de transport, sans oublier les déchets ainsi produits. 

Ainsi, de la même manière qu’il y a 25 ans, personne ne pouvait imaginer les restaurants sans fumée que nous connaissons aujourd’hui, de la même manière il est quasi certain que nos repas ou les menus servis dans les crèches, cantines et autres restaurants du personnel seront, dans 10 ou 15 ans, fort différents que ceux servis actuellement. Pour accompagner au mieux ces futurs changements, il faut les anticiper au maximum. 

Or, le 1ernovembre 2014, le Conseil d’état adoptait sa « stratégie pour promouvoir les produits locaux et de saison dans la restauration collective[2] », répondant en cela aux postulats Yves Ferrari et du soussigné, textes déposés en 2011et demandant que la question de l’approvisionnement des établissements dans le secteur de la restauration collective publique soit ciblée sur les produits locaux et de saison issus de l’agriculture vaudoise[3].

Par ailleurs, aux questions purement climatiques sont venues se greffer également les préoccupations d’une population toujours sensible aux produits de terroir, à la provenance proche des aliments et au bien-être animal. Ainsi par exemple, le scandale des cas de maltraitance et de cannibalisme dans une porcherie vaudoise, a amené une série de mesures complémentaires rapides de la part du Conseil d’Etat vaudois, avec son programme « paille et soleil »[4].

Ces divers éléments posés, constatant qu’en quelques années bon nombre de paradigmes ont totalement changé et que les priorités et perceptions de la population se sont modifiées, les soussignés estiment qu’il y a urgence à savoir si la stratégie adoptée le 1ernovembre 2014 est toujours la bonne, si elle peut atteindre en l’état ses objectifs et comment elle pourrait être améliorée dans le contexte cité. 

Les soussignés demandent donc que le Conseil d’Etat procède, à l’occasion des 5 ans de l’adoption de celle-ci, soit pour novembre 2019, à un bilan intermédiaire de sa stratégie pour promouvoir les produits locaux et de saison dans la restauration collective. Il est demandéentre autres de passer au crible les 4 axes stratégiques posés actuellement (diagnostic Beelong, formation des cuisiniers, appels d’offre pour les cuisines en gestion concédée et pour la livraison de repas, création de plateformes logistiques locales) et de tenir comptes des avancées scientifiques et technologiques effectuées ces dernières années. 

Ce passage en revue systématique doit permettre d’évaluer si ces 4 axes sont toujours pertinents, s’ils doivent être complétés ou modifiés, notamment en examinant de quelle manière il est tenu compte du bien–être animal. Il doit surtout clarifier si le but d’atteindre au minimum 10% d’approvisionnement direct de la restauration collective publique dans le canton auprès des producteurs locaux d’ici la fin de la législature est possible. Cela permettra également, dans le cas contraire, d’indiquer quelles mesures supplémentaires rapides le Conseil d’Etat entend prendre pour y parvenir. Et cela permettra enfin, si l’objectif devait déjà être atteint, d’en fixer un nouveau, plus ambitieux, qui correspondra mieux à l’urgence climatique, aujourd’hui enfin reconnue par notre canton. 


[1]Cf. Intergovernmental Panel on Climate Change (IPCC), Special Report: Global Warming of 1.5°, octobre 2018; https://www.ipcc.ch/sr15/

[2]Cf. https://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/themes/environnement/developpement_durable/projet_alimentation/strategie_CE_alimentation_VD_2014.pdf

[3]Cf. http://www.publidoc.vd.ch/guestDownload/direct/Texte%20adopt%C3%A9%20par%20CE%20%20-%20Postulat%20Ferrari.pdf?path=/Company%20Home/VD/CHANC/SIEL/antilope/objet/CEGC/Rapport%20du%20CE/2014/08/490573_197_Texte%20adopt%C3%A9%20par%20CE%20%20-%20Postulat%20Ferrari_20141128_1167810.pdf

[4]Cf. https://www.bicweb.vd.ch/frame.aspx?pPage=/communique.aspx?pObjectID=637209